La nuit obscure de l’amour

La nuit obscure de l’amour

Inédit

 

Inédit.

Texte né des derniers cours de Pierre Boudot, enregistrés en 1988 et présentés par Philippe Borrini aux journées Pierre Boudot à Cluny en 1996 et à la Sorbonne en 1998 sous le titre La nuit obscure de l’amour ou la Parole invisible, avec la musicienne Corinne Galland.

Représentations :

• Cluny, colloque La Spiritualité aujourd’hui,14 septembre 1996
• Paris Sorbonne, colloque Pierre Boudot poète dramaturge, 25 avril 1998
• Lecture à deux voix, au CICEP de Paris 8 le 31 mai 2001

Citation :

Quand on lit la première strophe du poème de la Nuit Obscure, ce qui peut frapper c’est l’absence du mot : Dieu […]

  « Par une nuit profonde,
Étant pleine d’angoisse et enflammée d’amour,
Oh! L’heureux sort!
Je sortis sans être vue,
Tandis que ma demeure était déjà en paix. »

Rien ne permet de dire qu’il s’agit de ce qu’on appelle « l’âme », au contraire et en sens, à mes yeux, c’est beaucoup plus beau.

On sait que c’est Jean de la Croix qui parle, donc Jean de la Croix c’est un homme. Il est moine, c’est vrai, mais c’est d’abord un homme. Quand Thérèse d’Avila l’a rencontré c’était un homme totalement incertain de son propre sort. Il ne savait pas s’il allait se faire jésuite ou dominicain; il savait qu’il voulait – comme on le dit – « consacrer sa vie à Dieu », mais on ne sait pas très bien consacrer sa vie à Dieu, et Thérèse d’Avila, qui était déjà extrêmement avancée dans l’itinéraire de l’amour de Dieu, dans le pèlerinage de Dieu en nous, elle lui a dit : « Mon petit, les Jésuites, les Dominicains, les Capucins, tout ça c’est très bien mais il y a les Carmes ».

Et c’est comme cela qu’il est devenu le réformateur des carmes, moines, tandis que Thérèse d’Avila était déjà la réformatrice des carmélites déchaussées. Je vous ai dit ce que ça voulait dire, « déchaussées »? […] Quand Thérèse d’Avila a décidé qu’elle allait réformer et revenir à la règle primitive pour fonder le carmel de Saint Joseph à Avila, elle a enlevé ses bas dans un geste symbolique et ses souliers. « Déchaux », les carmes déchaux, les carmélites déchaussées, ça vient de là.

Critique :

[…] Insoucieux des us universitaires, Pierre Boudot s’adresse sur un ton familier, comme en confidence, à un jeune auditoire médusé […] Philippe Borrini a reconstitué avec beaucoup d’intuition et de talent mimétique cette « dernière » classe pas comme les autres. Un homme seul entre en lice dans l’illusion de la vie et le combat du verbe, symbolisés à la fin par la cuirasse, le morion et l’épée dérisoires du chevalier errant. Un seul acteur tient la scène de bout en bout, mais ce spectacle à un personnage […] se défalque d’un chœur invisible et muet, et son intensité n’a rien à envier aux grands monologues dramatiques. (Xavier Tilliette)