Le Mal de Minuit

Le Mal de Minuit

Atelier des Brisants – 2002.
Collection Le Miroir Aveugle.
148 pages.
20,00 Euros.
Format 21x 14.
ISBN 2-84623-031-5
Dewey 843

Première édition : Calmann-Lévy – 1972

 

Dans un pays à la fois réel et mythique, trois frères représentent le destin, dans toutes ses possibilités, ses caprices, ses contradictions. André est l’incarnation de la grâce physique et de la cruauté du pouvoir. Tout lui est bon pour vaincre : peu importe quoi ou qui. Il veut posséder aussi bien la terre que les êtres. Pour que nul ne conteste son ascendant, il devient même l’amant de son frère Paul, jusqu’à causer sa mort par maladie contagieuse. André ou l’affirmation de soi, criminelle.

Paul, lui, est toute soumission et toute rêverie. Il voudrait que la justice règne, il se laisse conduire. Plaire, donner sa force et son amour lui suffisent : s’il meurt, c’est qu’il incarne à la fois l’innocence et la passivité. La vie ne lui pardonne pas de l’accepter à si bon compte.

Thomas, l’aîné, se veut à l’écart. Il a vécu en captivité, en esprit il y est encore. Qu’on lui offre un bout de terrain, il y sera heureux et ne se mêlera de rien d’autre. Son âme est restée concentrationnaire.

Roman bucolique ? A condition que le lecteur sache extrapoler. Parabole ? A condition que le lecteur sache mettre un peu de boue et de sang dans cette “moralité” où la haine et le dégoût côtoient si bien la poésie et le sentiment de la délivrance. Un livre qui dérange et qui séduit.

Critique : [...] Les personnages du Mal de minuit sont assurément des paysans, mais aussi bien autre chose. Non pas des symboles, mais des fantômes, des goules, des succubes revenus du fond des âges pour nous montrer et nous démontrer, par une simple action, quelles forces primordiales gouvernent encore le monde.

Mais si malheurs et meurtres, méchanceté et haine sont les plus évidentes de ces forces, il ne faut surtout pas en oublier une autre, capitale : la tendresse. [...]

Jean-Jacques Brochier, Magazine littéraire, 1972

Citation : Il a compris que sa mère ne pourra pas guérir d’une nuit de Noël comme celle-là. Avec précaution il défait son chignon. Il veut la toucher, éparpiller autour de son visage l’étincelante moisson de ses cheveux d’argent.

Ses larmes taries par le gel de la forêt peuvent maintenant couler. Personne ne les verra. Une main sur les yeux, une autre abandonnée sur l’oreiller près du visage, le garçon pleure ses désirs et ses étonnements, pleure son âge qui ne devrait pas pleurer, pleure la famille qui use le bonheur, pleure le monde qui ne connaît pas l’art de fixer les saisons et dirige les êtres vers l’hiver, un peu plus tôt, un peu plus tard, inexorablement.

— Jamais je n’aurais cru que c’était aussi fort de pleurer.(p.117)