Le Cochon Sauvage

Le Cochon Sauvage

Gallimard – 1968.
141 pages.
4,10 Euros.
Format 20 x 13.
ISBN 2.07.026848.9
Dewey 843

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Nous sommes en Algérie, en 1960, dans un petit village sans nom, un village meurtri, de nulle part et de partout. La guerre qui s’étend des montagnes jusqu’à la mer n’altère en rien la beauté du ciel et de la terre, la lumière sur le jardin des morts, le silence d’une population fière et misérable.

Un jeune sergent, le narrateur, parcourt inlassablement à pied et à cheval le pays auquel il s’est rapidement attaché. Au cours de ses promenades dans une nature qui l’exalte et le fascine, il se livre à une méditation angoissée sur son destin et se pose indéfiniment des questions sur le bien et le mal, l’avilissement et la corruption des hommes, l’absurdité de la guerre. Son esprit d’observation s’aiguise au jour le jour et, pour éviter de céder à la panique intérieure dont il se sent menacé, il étudie avec attention ses compagnons de garnison, les habitants, les femmes surtout et parmi elles, la belle et touchante Kheira. A la fin de ce récit il sent monter en lui une sauvagerie du début des âges et choisit de s’enfoncer dans la solitude comme le sanglier dans sa bauge.

 

Critique : [...] Il est un grave péché que Pierre Boudot ne commet jamais, celui de l’indifférence, celui du regard détourné, des lèvres serrées. S’il est tourmenté de sentiments contradictoires, c’est qu’il ne peut jamais renoncer à ce qui le porte toujours si vivement vers les êtres, l’amour, l’amitié, la camaraderie, trop vivement pour ne pas être, à coup sûr, meurtri par les marques de laideur que porte inéluctablement le plus beau visage. [...]

Jean Gaugeard, Les Lettres Françaises, 1968

 

Citation : Le vent s’est levé bien qu’il n’y ait pas un nuage au ciel. Il souffle en tornades sur le village, plie les peupliers cendrés qui se dressent au bord de l’oued, soulève d’incroyables tourbillons de poussière. J’ai de longs sillons jaunes sur les joues et les gravats s’accumulent aux coins de mes lèvres et de mes yeux. Je suis perdu dans un univers en création. Des enfants courent s’abriter chez eux. Ils attendront, sans peur. Moi, j’avance, éperdu de curiosité …(p. 31)