La Matasse

La Matasse

Gallimard – 1966.
162 pages.
4,13 Euros.
Format 19×12.
ISBN 2-07-0209067
Dewey 843

Parce qu’il boîte sur sa jambe atrophiée, P’tit Pattu s’éveille à la vie, grandit et meurt dans la solitude. Son infirmité modifie fondalement ses rapports avec les hommes et le rapproche de la nature, des bêtes, dans le domaine où travaillent son père et sa mère. C’est particulièrement la vie des chevaux, leurs amours fougueuses qui vont éveiller son désir pour Madelon, la plus belle fille du village. Elle se donnera à lui pendant la nuit de Pâques. Entre temps, P’tit Pattu a écrit une lettre au pape dans l’espoir d’obtenir de lui un miracle : donner la vie à sa jambe morte, faire de lui un homme normal. Pourtant la lettre ne partira pas pour Rome. Egarée, trouvée et lue en secret par Madelon, elle sera le prétexte d’un sacrifice d’amour : Madelon décide de renoncer à P’tit Pattu pour que l’infirme soit exaucé dans son acte de foi. Ce livre est un chant mystique et païen, une histoire d’amour. De cet amour d’adolescents sans lesquels les astres ne brilleraient plus depuis longtemps sur cette terre ecœurante de bêtise grégaire et d’incompréhension.

L’importance que le roman contemporain attribue généralement au temps, Pierre Boudot le donne à l’espace qu’il appelle volontiers lumière. Il essaie d’explorer cette dimension propre à la nature et qui a sur le temps le mérite, au moins apparent, de ne pas être conventionnel. On peut jouer avec le temps, pas avec l’espace, pas avec la lumière. Tels des nus dont les volumes sont spiritualisés ou charnels, voire lascifs, selon les éclairages, ainsi vont ces personnages, enivrés de soleil ou d’âme comme des Dieux d’ambroisie.

 

Critique : [...] J’ai toujours rêvé de voir sur un écran, un jour, l’enfant que j’étais confronté à l’adulte que je suis, et ceci, cinéma mis à part, c’est bien ce que, dans l’ensemble, m’offre Pierre Boudot.

Hubert Juin, Lettres Françaises, 1966

 

Citation : P’tit Pattu est fou de joie. Il tourne autour du cheval, tient l’étrier respectueusement comme si le palefrenier était un roi de France, marche à côté de lui en soutenant l’extrémité des rênes que Relly garde serrées près du mors.

— Oh ! Feu-de-Paille ! dit-il. Oh ! comme tu es grand !

Il va chercher une couverture que le cavalier étend et serre à la place de la selle, apporte de l’avoine sous le regard furieux du père, prend une éponge pour laver les paturons, une brosse pour faire tomber la terre qui a giclé sur le ventre et sali la crinière.

— Monte dessus, gamin, dit Relly qui connaît les rêves de l’enfant. (p.40)