Nietzsche, la Momie et le Musicien

Nietzsche, la Momie et le Musicien

Atelier des Brisants 2002 Collection Le Miroir Aveugle 270 pages 20,00 Euros Format 15 x 22,4 ISBN 2-84623-045-5 Dewey 193

Première édition : J-M. Laffont (Lyon) – 1981


Avec cet ouvrage, Pierre Boudot livre la somme de vingt-cinq années de recherches sur Nietzsche. Parti du petit texte de 1871, “la vérité et le mensonge au sens extra-moral”, il montre que, pour n’être pas systématique, la pensée de Nietzsche n’en a pas moins une cohérence et une rigueur exceptionnelles.

C’est à partir d’une lecture “diacritique” et non pas “dialectique” que cette cohérence se révèle: la dialectique aboutit, en effet, à des notions fermées en elles-même, tandis que la diacritique, évacuant l’anthropomorphisme réducteur à l’intérieur des concepts, envisage ces derniers à partir des différentes couches dont est formé le noyau de la réalité. Dès lors, la philosophie nietzschéenne du langage devient une philosophie de l’écrit et du décentrement : le niveau éthique d’un mot engendre le niveau esthétique d’un autre, lequel répond au fondement sémantique du troisième, à l’interrogation politique du suivant et ainsi de suite.

La pensée de Nietzsche fait sauter les verrous de tous les niveaux de “carcéritude” dont sont composées la culture et la civilisation.

 Critique : [...] Pierre Boudot a entrepris d’arracher Nietzsche à ses utilisateurs et à ses commentateurs — ce sont souvent les mêmes — et par conséquent de lui ôter les masques dont on l’a affublé. De là le caractère neuf, insolite, décapant, de sa longue étude. Il restitue Nietzsche à la violence prophétique, il lui rend toute sa puissance de feu ; près d’un siècle après Zarathoustra il relance ce brulôt ou ce météore dans nos débats actuels, historiques, linguistiques, idéologiques, religieux, écologiques, où il n’était présent que sous une apparence difforme — comme aussi dans les interrogations contemporaines autour de Heidegger et de Heisenberg.

Xavier Tilliette, SJ, 77

Citation : Envoyant la parole en avant du temps immédiat qu’il récuse, Nietzsche la précipite au-delà de ce qui lui permet de trouver un écho. Il la fait basculer derrière l’horizon de la matière. Il lui suppose assez de force et de patience pour survivre jusqu’au jour où Zarathoustra ayant nihilisé le néant assemblera les cendres du mot pour en refaire de l’homme. Le “surhomme” n’est donc pas au-dessus mais au-delà/en deçà de l’homme présent. Nietzsche postule que la parole est éternelle. Elle retrouvera la vie — comme une graine au fond d’un sarcophage — quand elle sera confiée à la “puissance” concrète de l’éternité. (p.32)