Nietzsche et l’au-delà de la Liberté

Nietzsche et l’au-delà de la Liberté
ou
Nietzsche et les écrivains français de 1930 à 1960

Aubier-Montaigne – 1970
Collection Présence et pensée.
Préface de Geneviève Bianquis.
160 pages.
4,91 Euros.
Format 20×13 ISBN 2-7007-3363-0 Dewey 193


Repérant aussi bien des influences que de simples points de vue, Pierre Boudot montre dans quelle mesure l’œuvre de Nietzsche a été déterminante dans l’histoire récente des lettres françaises. Son livre se compose de chapitres brefs et denses sur Giraudoux, Valéry, Gide, Malraux, Camus, Saint-Exupéry, Drieu La Rochelle, Henri Lefebre, Georges Bataille, Bachelard et Gabriel Marcel.

Il constate :“Depuis la mort [de Nietzsche], les grands courants intellectuels ont eu presque tous, chacun à leur manière, des rapports avec [sa] pensée.” Et il affirme : “Nietzsche lui-même, qui faisait du monde un centre de forces sur lequel on ne peut prendre que des points de vue et des perspectives, accepterait comme un trait de sa nature qu’on aille à sa découverte à partir de soi-même, qu’on explique sa pensée à partir de la relation que les écrivains, dans le secret de leur génie ou dans la force de leurs inspirations, ont entretenue avec lui.”

 

Critique : Geneviève Bianquis, qui a préfacé ce livre et qui est bien connue par ses traductions d’ouvrages de Nietzsche, avait publié en 1951 Nietzsche et ses contemporains. Pierre Boudot prend la suite de cette histoire. Si les contemporains de Nietzsche et la génération d’après sa mort manifestent plutôt une étonnante méconnaissance de la valeur du prophète qui fit parler Zarathoustra, la génération suivante, sans se rallier proprement à lui, sut exploiter les richesses de ce génie encore méconnu. Des onze auteurs étudiés par M. Boudot [...] chacun — soit par influence directe, soit, plus souvent, par refus d’une doctrine bouchant l’horizon — y puisa quelque élément de son inspiration : le pessimisme résultant de “la mort de Dieu”, le dynamisme de la doctrine du Surhomme … D’intéressantes vues sur les écrivains d’aujourd’hui étudiés à la lumière de Nietzsche qui s’en trouve lui-même éclairé.

P.F. L’Ecole III, 1970-71

 

Citation : Camus parle de Nietzsche dans L’homme révolté. Le thème de la révolte leur est commun, mais là où Nietzsche pose des postulats fulgurants et brefs, annonciateurs d’un devenir, Camus recherche des nuances étincelantes qui sont celles de l’éternité de la nature humaine. Il n’y a pas de démesure chez lui. Celle qui semble ressortir de sa pensée se nourrit de l’inadéquation de l’homme et du monde, de la malfaçon qu’on peut corriger tout en l’acceptant. Il s’étonne à partir de ce qui vit et non, comme Nietzsche, surtout à partir de ce qui pourra vivre. (p.64)