Les vents souffleront sans me causer de peur

Les vents souffleront sans me causer de peur

Atelier des Brisants – 2000
140 pages
Format 21×14
ISBN : 2-84623-002-I
Dewey 840

Première édition : JML – 1981

Pierre Boudot joue ici avec sa “biographie” où se rencontrent vie rêvée et vie apparemment vécue. On le suit et on s’envole : il possède sur le mot ce pouvoir de magicien qui lui donne une vie gonflée de sève, pleine de couleurs, d’odeurs et de rencontres inattendues.

Perdus dans une sorte d’écheveau complexe, les faits surgissent et disparaissent comme les rivières des grottes : l’enfance franccomtoise, la guerre de 40 avec le départ du père, la mort de la mère, le mariage, la paternité, la vie partagée entre Cluny et la Sorbonne, la mort du père qui lui permet enfin de remonter le temps … tout cela ponctué par des descentes en enfer d’où Boudot revient émerveillé de n’être pas consumé :”Je suis le libertin des grandes profondeurs”. Point de crainte pour cette âme d’élection qui s’éprouve sans cesse, afin que les vents de la perdition, les bourrasques du doute, les tempêtes malignes soufflent sans lui causer jamais de peur.

 

Critique : [...] Pour les poètes, l’autobiographie est parfois un moyen de poursuivre leur premier chant après avoir déchiré le voile. Dans ce mouvement vers le dénuement, l’image n’est plus le reflet d’une autre réalité, elle devient le mot charnel, incarné à travers une expérience. C’est alors qu’on se tromperait lourdement si l’on prenait le “je” du narrateur pour une simple réalité psychologique. [...]

Et je voudrais,si j’ai une influence sur trois, sept, quarante ou deux cents lecteurs leur dire : quittez immédiatement votre chambre, le bureau ou le métro, et courez vous procurer Les Vents souffleront sans me causer de peur, lisez Boudot, et, comme par un coup d’aile de l’ange (déchu ?) vous en sortirez tout illuminé.

Olivier Germain-Thomas, Quotidien de Paris,1980

 

Citation : Il me faut attendre 1944 pour trouver dans ma vie des signes de cohérence. Jusque là, ma mémoire ne m’offre que des jalons épars. Hormis l’obstination de mes éducateurs à stupéfier mon âme et blesser mon intelligence, hormis mon entêtement animal à faire le gros dos pour en souffrir le moins possible, je ne discerne aucun projet suivi. La violence m’arrachait à la médiocrité des jours mais souvent, pour avoir la paix, je me rendais neutre et je me méprisais. L’enfance devenait attente de la vielliesse. Les colères de mon père étaient mes meilleures distractions, sauf quand il corrigeait ses chiens. Là s’ouvrait pourtant l’espace de ma liberté : expliquer à ces divinités à quatre pattes qu’elles négligeaient les ressources de leur nature ! (p.63)