L’Algérie Mal Enchaînée

L’Algérie Mal Enchaînée

Gallimard – 1961. 296 pages. 5,92 Euros. Format 21×14. ISBN 2-07-020905-9 Dewey 965.04

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Ce livre, journal d’un appelé du contingent en 1959, retrace la vie d’une unité opérationnelle dans le Djebel-Amour. Il dit la grandeur sauvage des confins sahariens où la vie traditionnelle a été profondément perturbée par la guerre. La violence engendre la peur et la méfiance; la solitude replie l’homme sur lui-même ou le fait sombrer tantôt dans la débauche, tantôt dans une demi-démence; la haine explose en désordre sanglants. Dans cette guerre où il est entré avec une conscience réfléchie, Pierre Boudot a compris que seule la culture pouvait rapprocher les deux communautés. Grâce à la création d’écoles et d’un dispensaire, il a réussi dans sa petite sphère le miracle de la communicabilité dont il a aussi vu la fragilité. Il a vécu le chaos, il a côtoyé les brutalités et la torture. Et ce qui donne à son livre son caractère d’exception, c’est que le drame est vu et presque jamais jugé.

Honnête, lucide, bien écrit, cet ouvrage garde une étonnante actualité.

 Critique : De cette Algérie où il y a oui et non, où l’on ne peut jouer Dieu sans jouer le diable, il est bon que s’élève une voix honnête. Pierre Boudot ose être généreux sans être dupe et malheureux sans être méchant, et tendre aux Arabes sans cesser d’être Français. [...] Quand un livre nous enchaîne, feuille à feuille, misère à misère, aux petits combats du vrai contre le faux, de la douceur, fût-elle inutile, contre la dureté, fût-elle efficace, il me semble que cet ouvrage-là devait être écrit parce qu’il doit être lu.

Roger Judrin, La Nouvelle Revue Française, 1961.

Citation : Cette impossibilité de mettre un terme à cette guerre n’aurait-elle pas aussi d’autres causes que des causes politiques ? L’Arabe n’est pas encore prêt pour cette forme de conscience collective que représente la vie moderne, alors qu’en certains endroits il ne s’est pas encore libéré de sa conscience tribale. Le nationalisme ne ressemble-t-il pas un peu au jeune homme écrasé par le milieu familial et transplanté sans transition dans celui de sa femme, sans avoir fait au préalable l’expérience de la liberté ? (p. 24)