Au commencement était le Verbe

Au commencement était le Verbe

Grasset – 1980 et 2006. 190 pages. 7,93 Euros. Format 21×13. ISBN 2-246-00872-7 Dewey 261

On sait aujourd’hui que les abeilles continuent à officier autour du corps réduit en poussière de leur reine défunte. L’abbaye de Cluny, symbole d’une religion à la fois incarnée et enracinée, est cette reine détruite, jetée à bas par les hommes de notre temps. Et ce qui nous reste, dans cette nuit morale, c’est le Verbe, la substance royale à la puissance intacte.

“La ruse de Dieu est de faire croire qu’il disparait quand s’effondre son temple. Je cours donc patiemment sur les traces de la ruse de Dieu”, écrit Pierre Boudot. Il cherche les racines de l’Eglise invisible dans le désir, la vie intérieure de chacun. Il nous parle de Marie-Madeleine qui tellement aimait, de Pierre et de Judas, qui “ont en commun d’avoir renié Jésus parce qu’ils le voulaient Dieu”. Enfin, faisant à nouveau briller la lumière du Moyen Age, il nous rappelle l’amour et la liberté vertigineuse de pensée d’Abélard et d’Héloïse, figures exemplaires et extraordinairement actuelles de la quête de Dieu.

C’est donc un message d’espoir que nous donne l’auteur de ce livre inspiré.

 

Critique : [...] Pierre Boudot invoque Abélard et Héloïse pour exprimer la quête de Dieu et le cheminement de la foi. Lyrique, profond, audacieux (Boudot va jusqu’à faire de Nietzsche un descendant d’Astralabe, et de Cluny le Hollywood” de l’an mil habité par des “abbés superstars”…), le livre de ce philosophe-humaniste bâtit un sanctuaire et propose un viatique efficace là où d’aucuns ne verraient que ruines abandonnées. Leçon de salut adressée aux tristes temps modernes.

Jérôme Garcin, Les Nouvelles Littéraires, 1980.

 

Citation : Si le soir les fantômes de Pierre le Vénérable et d’Abélard errent dans les écuries qui remplacent l’église, plus souriante qu’amère doit être leur méditation. Qui sait même si le sort de Cluny n’annonce pas celui du fixisme chrétien, la fin des églises triomphales et l’aurore de l’époque où le cœur de chacun abritera en sa force et en sa plénitude le divin invisible qui, dans les siècles, suscita et maintint Cluny ? (p.13)