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Présence de Pierre Boudot

LETTRE DE L’APB. FEVRier 2003

 

 

Après l’Assemblée Générale du 26 mai 2002, au cours de laquelle Jacqueline de Roux a été élue présidente de notre Association, Geneviève Clancy et Philippe Tancelin ont présenté l’œuvre de Pierre Boudot. Ils ont donné lecture des premières pages du Mal de Minuit et Alice Mendelson nous a lu des passages de Les Vents souffleront sans me causer de peur.

La Louve et Nietzsche, la Momie et le Musicien, réédités par l’Atelier des Brisants, sont aussi en librairie depuis le 28 octobre dernier. Une lecture, suivie d’un diner amical, sera faite à la librairie Art et Littérature, 120 Boulevard du Montparnasse à Paris, le 10 mars 2003 à 19 heures.  Invitez vos amis, c’est l’occasion de leur faire connaître l’œuvre de Pierre Boudot.

 

Le roman La Louve a été retenu dans la première sélection du Prix Goncourt 1981.

A la question de Jacques de Ricaumont, critique littéraire du Figaro, Pierre Boudot répondait alors :

 

J’ai d’abord voulu écrire un roman. Je suis persuadé qu’il y a actuellement un très grand public pour le roman d’imagination, aussi éloigné du nombrilisme théoricien que de la lecture historienne.

Au cours de mes voyages, je suis tombé en arrêt devant plusieurs nus de la Renaissance : un Titien, deux Tintoret et, pour finir, La Musique de Baldung Grien. J’ai d’abord voulu faire vivre les personnages de ces tableaux dans leur époque, et tout naturellement ils se sont mis à vivre là où j’habite, dans une maison et dans un paysage qui auraient pu être les leurs.

De ma fenêtre, je vois les ruines d’un château détruit par Richelieu. D’où l’arrivée dans mon livre d’un personnage fascinant et dangereux que j’appelle le Cardinal.

Toute l’action du roman accompagne donc les réactions de la population tant vis-à-vis de Danaé, femme louve à la fois carnassière et douce, que vis-à-vis du Cardinal dont la litière traverse de nuit les forêts bourguignonnes. Et comme il faut un chef d’orchestre, j’ai créé le personnage de Garamos, petit-fils d’un François d’Assise un peu libertaire.

Il n’y a pas de roman sans grande passion. Garamos a celle de la liberté, le Cardinal celle du pouvoir, Danaé celle de la volupté et Béatrix de Merzé celle de la tendresse. Tout ce monde vit dans un seizième siècle imaginaire selon des lignes de force autour desquelles se construit l’écriture.

Car en restant fidèle à la fois à la Renaissance, au génie de Titien, à la Bourgogne clunysienne, j’ai donné liberté complète à l’imagination. Tout vient d’elle et tout va vers elle, et, comme dans un phénomène de réflexion, chacun voit dans l’autre sa propre image. Chaque personnage a son double, chacun est cependant autonome vis-à-vis de l’autre, sauf lorsqu’un chat mystérieux, celui de La Musique de Baldung Grien, se promène dans le récit. Chacun retrouve alors son identité en parlant le langage de l’autre. Et la fin du livre, qui annonce le « paradis des hommes », ouvre, si j’en ai la force, à une suite de trois ou quatre romans.

 

 

En ce qui concerne Nietzsche, la Momie et le Musicien, je me suis adressée à Peter Burchett, qui a suivi les cours de Pierre Boudot au moment où il travaillait à ce livre.


Jeanne Boudot m'a demandé d'écrire quelques lignes sur La momie et le musicien à l'occasion de sa republication. Tâche  redoutable devant laquelle j'eusse voulu me dérober. Il ne saurait évidemment être question pour moi de prétendre donner un aperçu de cet ouvrage dont on sait qu'il fut l'aboutissement de vingt-cinq années de travail sur Nietzsche. Je n'en ai pas la compétence. Alors que faire ? Je tenterai simplement et dans la mesure de mes moyens de dire ce que ce livre n'est pas.
Rappelons que La momie et le musicien fut à l'origine une thèse de doctorat, donc destinée en principe à être lue par des universitaires. Bien que fort savant ce livre est tout sauf un ouvrage d'érudition. Le jury d'ailleurs ne s'y trompa point. Je me souviens encore de la soutenance tumultueuse à la Sorbonne où face au prétoire des jurés, médusés par l'audace de la "thèse" livrée à leur sagacité, vibrait un parterre d'étudiants enthousiastes.


Ce serait une erreur que d’aborder La momie et le musicien comme un livre simplement destiné au "lecteur cultivé" désireux de s'instruire sur l'état des études sur Nietzsche. Il ne s'agit même pas à proprement parler d'un livre "sur" Nietzsche, si l'on entend par là une recherche savante sur les écrits d'un philosophe, faite d'idées abstraites à propos d'idées abstraites. Contrairement à une opinion reçue, les grands philosophes n'écrivent pas des abstractions, ils s'occupent au contraire de choses terriblement concrètes. Le souci de Pierre Boudot n'est pas Nietzsche mais la "puissance" à partir de laquelle son oeuvre s'incarne. C’est là que réside l’originalité de la démarche « diacritique ». En l'occurrence il s'agit de la "puissance" à l'oeuvre au coeur de la vie, puissance dont l’autre nom est « art » et que notre civilisation moderne a "momifié" au profit d'une popote qu'on appelle « la culture ». La momie et le musicien n'est pas un livre de philosophie comme un autre, c'est un poème qui tente de donner une voix à ce que "vie" peut vouloir dire d'autre que résignation et servitude. «  J'appelle Etat, écrivait Nietzsche, le lieu où le lent suicide de tous est appelé la " vie ". » Le lent suicide de tous, on le constate, tous les jours. Il s'organise à peu près partout, y compris chez les artistes et les intellectuels.

L’explosion de la violence à laquelle nous assistons aujourd’hui donne raison à Pierre Boudot quand il disait qu’il fallait aborder Nietzsche « gravement ». La nouvelle de la mort de Dieu met longtemps à nous parvenir parce que l’Homme a occupé la place laissée vide par la divinité et a reconstruit la Transcendance, la Hiérarchie, le Pouvoir, l’Eternel qu’il avait cru critiquer en Dieu. Ainsi, le pouvoir de métamorphose, au lieu d’ouvrir à la « transmutation de toutes les valeurs », se limite à légitimer les « valeurs » existantes et transforme la volonté vers la puissance en volonté de domination.   On peut lire La momie et le musicien comme le poème d'une nouvelle alliance avec la vie contre le nihilisme et son cortège de "carcéritudes" qui gangrènent notre présent.

 

 

Association Pierre Boudot

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