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Présence de Pierre Boudot
LETTRE DE L’APB. Mars 2002
L’Atelier
des Brisants, qui a publié Les Vents souffleront sans me causer de peur
en octobre 2000, va publier Le Mal de Minuit en avril 2002 et La
Louve, ainsi que Nietzsche, la Momie et le Musicien au cours de
l’automne 2002. Comme l’année dernière des conditions spéciales sont consenties
aux membres de l’Association.
Depuis
qu’Emmanuel de La Taille n’est plus président de notre Association, nous
n’avons eu qu’une réunion (à l’Université de Paris VIII, lecture de La Nuit
obscure de l’amour ou la parole invisible). Nous espérons qu’il se trouvera
quelqu’un, n’ayant pas nécessairement connu Pierre Boudot, suffisamment
convaincu de l’importance de son œuvre pour succéder à Emmanuel. En attendant,
Jacqueline de Roux accepte de se porter candidate à la présidence.
Nous allons tenir notre
Assemblée Générale le dimanche 26 mai à 16 heures 45 au sous-sol de
l’église de la Madeleine. Elle sera suivie à 18 heures par une rencontre
publique au cours de laquelle seront présentés les livres réédités par
l’Atelier des Brisants. Nous comptons sur vous pour y amener des amis, c’est
l’occasion de faire connaître et apprécier l’œuvre de Pierre Boudot. A partir
du Mal de Minuit pourrait être tourné un film, il faut y intéresser des
cinéastes.
Les invitations à cette rencontre seront envoyées en
temps utile.
***
Nous profitons de cette
lettre annuelle pour vous donner à relire quelques lignes de Pierre Boudot.
…J’usais de l’éloignement comme d’une méthode me permettant de
mûrir mes décisions. C’est en Algérie, en 1959, que j’en avais observé
l’efficacité lorsque la réalité de la guerre m’amena à quitter le Parti
Socialiste Autonome où l’amitié d’André Philip m’avait entraîné et à choisir la
pensée de De Gaulle. Je ne renonçais pas à une seule de mes exigences. Il les
comblait.
Je vis en effet en
lui l’homme qui, pour la première fois, m’offrait un pays qui fût le mien. Trop
jeune pendant la guerre pour éprouver d’autres sentiments que des peurs, je ne
le connaissais pas réellement. Je sentais d’instinct en lui un être gigantesque
capable de me séduire, de me convaincre ou de me faire réfléchir. J’aimais en
lui le pédagogue ramenant inlassablement à la surface des intelligences la
nécessité d’aimer la France lorsqu’on est né Français.(…) Je discernais
derrière sa majesté une grande simplicité, une supplication confinant à
l’incantation dans laquelle, dépassant l’argument de la parole, il ne faisait
pas seulement corps avec un Etat et avec une Nation, mais avec la patrie des
pauvres.
in Les Vents souffleront sans me causer de peur, p 107.
Lorsque De Gaulle
envisage « un fléau s’étendant implacablement à toute la surface de la
terre mais par incendies successifs dont chacun est toujours soigneusement
limité », qui peut dire qu’il n’a pas entrevu ce que le monde vit
aujourd’hui … ? Philosopher, pour l’homme politique, c’est prendre les
devants … (1980)
in Fureur et Espérance, p 94.
C’est de notations
hautes que la France a besoin et je jette celles-ci sur le papier, indigné par
le carrousel politicien actuel, insultant pour les Français morts, vivants ou à
venir.
in Fureur et Espérance, p 129.
Elections.
Une association d'amis d'un auteur n'est certes pas le lieu de faire de la politique.
Il me semble pourtant que Pierre aurait souhaité voir ses amis voter pour Chevènement. Il l’avait connu à Belfort, et invité en 1980 à participer au colloque Approches de la philosophie politique du général de Gaulle.
Son livre, Le courage de décider, est le seul qui me donne un espoir de voir s’instaurer en Europe un débat démocratique.
Jeanne Boudot.
***
A propos des livres de Pierre Boudot qui vont être réédités cette année.
Le Mal de Minuit.
Dans le village de Bourgogne où se déroule l’action, en particulier dans la famille de paysans, les Fleurval, qui en sont les principaux héros, les drames s’accumulent. La nuit de Noël voit non seulement l’assassinat d’une vieille femme par sa servante, avec la complicité du jeune bourgeois dont elle est la maîtresse, et la mort de la fermière d’une crise cardiaque, à la suite de la dénonciation en chaire de sa honte secrète. Roman dense et fluide, lyrique et rigoureux, roman inspiré, presque hanté, qui met en scène avec une rare puissance d’envoûtement, les maléfices de la Perversité et de la Beauté confondues.
Jacques de Ricaumont, in Les
Nouvelles Littéraires, 1972.
La Louve.
Le thème, irisé de mille et mille nuances : l’amour est-il possible ? C’est-à-dire aussi : est-il grandeur ou folie ? A cette sorte d’oratorio lyrique il fallait un décor quasi hors du temps, hors des psychologies usées : nous sommes sous Richelieu, dans la vallée de Cluny. Garamos, le chevalier errant, est aussi le Vieux Cerf, Danaé, la très belle, est aussi la Louve. Le contact n’est pas encore rompu entre l’homme et la nature. De l’un des personnages, le « regard est si étrange que les bosquets semblent prendre la couleur de l’automne quand il les traverse ». Un autre est « si beau que les jeunes filles le désirent avec la douceur qui suit le bonheur, jamais avec la crainte qui précipite le corps ». Ainsi va le récit très subtil, qui retient pour en goûter la richesse, qui précipite en avant pour en deviner le mystère. Les philosophes-poètes sont rares. C’est bien ce qui fait le grand prix de l’œuvre de Pierre Boudot.
Pierre
Georges, inJour de France,1981.
Pierre Boudot …
a entrepris d’arracher Nietzsche à ses utilisateurs et à ses commentateurs, et
par conséquent de lui ôter les masques dont on l’a affublé. De là le caractère
neuf, insolite, décapant, de sa longue étude. Il restitue Nietzsche à la
violence prophétique, il lui rend toute sa puissance de feu ; près d’un
siècle après Zarathoustra il relance ce brûlot ou ce météore dans nos
débats actuels, historiques, linguistiques, idéologiques, religieux,
écologiques, où il n’était présent que sous une apparence difforme – comme
aussi dans les interrogations philosophiques contemporaines autour de Heidegger
et de Heisenberg. L’intensité de son engagement, le sérieux des connaissances
sous-jacentes à ses analyses pour ainsi dire « osmotiques », enfin le
brio étonnant de l’écriture, feu d’artifice constant, garantissent une lecture
captivée, si cette épithète ne cadrait mal avec le projet de faire sauter les
écrous, les verroux, de nos civilisations vieillissantes.
Père
Xavier Tilliette, 1977.
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