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Présence de Pierre Boudot
LETTRE DE L’APB. FéVRIER 2001
En avril dernier, nous avions
informé nos adhérents et amis que nous allions arrêter momentanément la
parution de nos bulletins.
Notre site www.pierre-boudot.com
progresse et nous serions heureux d’avoir aussi vos idées à ce sujet.
L’Atelier des Brisants a tenu sa
promesse et publié Les Vents souffleront sans me causer de peur en
octobre dernier, comme prévu. Des conditions spéciales (précisées dans l’autre
page) sont consenties aux membres de l’Association. D’après quelques lecteurs,
dont le père Xavier Tilliette, cette autobiographie donne envie de connaître
mieux la vie de Pierre Boudot. On aimerait trouver un auteur pour écrire une
biographie. Nous avions par ailleurs espéré voir se réaliser prochainement une
émission radiophonique Une vie, une
œuvre à France-Culture, mais il faut attendre.
A l’Assemblée Générale 2000, notre
président Emmanuel de
Cette lettre nous permet de
solliciter de nouvelles candidatures au Conseil d’Administration, et de vous
demander vos suggestions pour notre association. Dites-nous aussi si vous êtes
intéressé par un dîner amical à Paris en mai ou juin prochain.
Pour
consoler la triste nuit
La nuit si
triste d’être noire
Si fâchée
d’être triste nuit.
Je me suis
désolé ce soir
De n’avoir
su mieux lui offrir
La gondole
de mes paupières
J’embarquerai
demain
Hors de mon
corps aimé sous un ciel misérable
Adieu mes
Yeux, adieu moi-même
Je vais
gaspillant ma bonté.
La folie
marche à mes côtés.
P. Boudot, in Cahier Bleu
p.88
Je me souviens
d’un Noël entre tous, celui de 1944, le Noël de la barbarie et de l’assassinat.
Au mois de mai mon collège avait fermé ses portes par crainte des
bombardements. Jamais je ne fus aussi libre. Jamais autant qu’alors je ne laissai
errer mon amour sur tout ce qui bouge. J’achetai deux oisons, Proserpine et
Pluton, juste au sortir de l’œuf. Ils m’adoptèrent immédiatement et leur
confiance me combla. Je les promenais dans mes poches, m’arrêtais dans la
campagne en bordure des champs de trèfle et je passais des heures à me réjouir
de leur appétit. Leur attachement pour moi était capable d’émouvoir mes voisins
qui perdaient alors le sens de la propriété au point de m’indiquer où, dans
leur champ, le trèfle était plus doux et la feuille plus tendre. Si je
m’éloignais, j’entendais leurs cris de détresse. Sifflant pour me faire repérer
les premières phrases d’une cantate de Bach, je les voyais courir à moi, leurs
ailes nues écartées pour maintenir leur équilibre et maîtriser leur direction.
Nous nous retrouvions avec la certitude de l’harmonie des mondes et, couché
dans le trèfle, les bras en cercle devant moi, je veillais sur mes oisons qui
dansaient et pépiaient, s’endormant par instants dans le creux de mon coude.
Ils grandirent, grossirent et leur autonomie ne les fit jamais renoncer à leur
tendresse pour moi. Elle était loin, la bataille, elle était irréelle malgré
les obus, malgré les officiers allemands qui avaient l’insolence de sourire à
mes sœurs, malgré le cadavre de l’Américain auquel, au petit matin, nous
apportions des fleurs, bavardant avec la voisine qui avait recouvert son visage
d’un mouchoir comme s’il s’était agi d’un parent. J’avais treize ans et
j’aimais mes oies. Pourtant la guerre s’obstina car, alors qu’elle cessait pour
tous, elle ne me lâcha pas. Il n’y avait rien à manger et mon père assassina
Proserpine et Pluton en l’honneur de quelques officiers qui s’arrêtèrent chez
nous à la fin de la campagne de France.
On immola mes deux amies pour régaler des généraux.
In
Les Vents souffleront sans me causer de peur
Métempsycose
Je voudrais être un ouvrier
M’attardant au comptoir
Devant une patronne sévère
Qui aurait l’air de bien m’aimer.
J’aurais des poignets élimés
Une salopette vaste comme un ciel,
Comme un manteau de sacre
Du plâtre de Paris
Eclaircirait mes joues mobiles.
J’aurais l’air d’un émigré
Mes yeux seraient immenses
Et les hommes me parleraient.
J’aurais un cocker à mes pieds
Un chien doux qui chercherait
Pour moi
Le fol amour sous les taillis.
J’en ai marre d’être
Un bourgeois
D’avoir une maison
Des fleurs et des autos
De voir des tigres blancs
Tourner comme des astres
Alors que tous les prés du monde
M’appartiennent
Et que si je le voulais
Le soleil descendrait
Jusque dans ma poitrine.
in Cahier Bleu p.95
Librairie Bleue,29 rue de Cumines, 10000 Troyes.
Association Pierre Boudot
Merzé, 71250 Cluny
Tel/fax 03 85 59 05 03