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Pierre
BOUDOT est né le 22 septembre 1930 à Besançon, de Georges BOUDOT, lieutenant-colonel
du génie, et de Suzanne FREGNET. Il avait deux sœurs jumelles nées en1929 et
une petite fille compléta la famille en 1931.
Il
a passé son enfance à Belfort où il a fréquenté l’institution Sainte-Marie,
puis le lycée. Bachelier, il s’est rendu à l’université de Besançon et y a terminé
sa licence en philosophie en 1954.
C’est
à la Sorbonne, sous la direction de Jean Wahl, qu’il obtient en
1955 son diplôme d’études supérieures, avec un travail sur L’inquiétude existentielle
et ses solutions. Il part alors pour Heidelberg comme boursier de la Fondation
Humboldt. Il étudie Nietzsche sous la direction du professeur Löwith. Il s’entretient avec Heisenberg, avec
Jaspers et Heidegger.
Son
service militaire de vingt-sept mois, dont quatorze en Algérie, n’interrompt
pas sa recherche philosophique. Il travaille à la traduction de L’autobiographie
philosophique de Karl Jaspers, et à un texte sur Nietzsche qui sera publié
en mars 1963 dans la revue Les Temps Modernes. Il rédige son journal,
et le publiera en 1961 sous le titre L’Algérie mal Enchaînée aux éditions
Gallimard.
Il
épouse en octobre 1960 Jeanne Wahl, nièce du philosophe et professeur agrégé
en mathématiques. Détachée de l’enseignement, elle travaille alors à Saclay
au service de calcul numérique. Ils s’installent à Antony dans la banlieue
parisienne, c’est là que naît leur fils aîné.
Pierre Boudot travaille pour le service de Bibliographie de la Philosophie
de l’Université de Besançon et prépare l’agrégation de philosophie à laquelle,
admissible en 1961, il refuse de se représenter l’année suivante. Il collabore
au journal Démocratie 61 mais le quitte lorsqu’on modifie un de ses articles
sans le consulter.
Pierre
et Jeanne Boudot ont acheté une
maison de campagne à Merzé, tout près de Cluny en Bourgogne, et décident de
s’y installer en 1962. Jeanne reprend l’enseignement et obtient un poste au
lycée de Cluny, Pierre est nommé professeur de philosophie au lycée de Charolles
et, l’année suivante, au lycée de Mâcon. Il fonde le Collège Culturel de
Merzé et y organise des conférences, des concerts et des expositions de
peinture. Il soutient à la Sorbonne en 1963 sa thèse de troisième cycle, qui
sera publiée en 1970 seulement : Nietzsche et l’au-delà de la liberté
ou Nietzsche et les écrivains français de 1930 à 1960. Il publie deux romans,
La Matasse en 1966 et Le Cochon Sauvage en 1968 et écrit pour
la radio une pièce de théâtre, Douceur ou La Passion selon Yahvé.
Nommé
en 1968 Assistant en philosophie à l’Université de Besançon, il la quitte en
1970 pour l’Université de Panthéon-Sorbonne où il sera successivement Assistant,
Maître-Assistant puis Maître de Conférences. Il s’installe à Paris avec sa femme
et ses enfants : Jean-David, 1961, Olivier, 1962, Sara, 1965. Puis vient
Diane, en 1972. Sa pédagogie est axée sur les problèmes de la création, de la
communication et du langage : il enseigne Platon, Spinoza, Nietzsche, Schopenhauer,
Héraclite et même Thérèse d’Avila et Saint Augustin. Il organise pour ses étudiants
de nombreuses rencontres avec des personnalités du monde des lettres ou de celui
des arts. De 1970 à 1974 il enseigne à l’UER d’Arts plastiques : à partir
de son explication de Zarathoustra, ou du mystère de l’Orlando
de Virginia Woolf, les étudiants réalisent des sculptures ou des peintures.
Il
soutient en 1977 sa thèse d’Etat sur Nietzsche en présentant un livre, c’est
Nietzsche, la Momie et le Musicien, qui sera publié en 1981. Par ailleurs
il continue à écrire et publier, romans, essais et pièces de théâtre. Il donne
des conférences, travaille aussi à Radio-France, participant à des émissions
ou en produisant, notamment Panorama du livre de philosophie ;
il est chroniqueur littéraire à France-Culture, il écrit souvent dans la
Quinzaine Littéraire et le Magazine Littéraire.
Ancien
élève de l’institut des Sciences Politiques, il est auditeur à l’Institut
des Hautes Etudes de Défense Nationale en 1974-1975 et donne ensuite des conférences
dans les Ecoles Militaires Supérieures et sur le navire école La Jeanne d’Arc.
Il organise avec l’Institut Charles de Gaulle le colloque Approches de
la philosophie politique du Général de Gaulle qui se tient à la Sorbonne
en 1980. Ami du journaliste international Wilfrid Burchett qui avait couvert la guerre de
Corée, il est invité à Pyongyang où il effectuera plusieurs séjours à partir
de1981.
A
cette époque Pierre Boudot traversait de plus en plus de périodes d’épuisement,
de dépression nerveuse. S’il continuait, dans la mesure où sa santé le lui permettait,
à faire des cours très appréciés des étudiants, il ne pouvait plus écrire. Il
est mort en 1988 des suites d’un accident de voiture.
Sociétaire
de la Société des Gens de Lettres, Pierre Boudot était membre du Pen Club International
et de l’Association des écrivains de langue française. Ses travaux sur Nietzsche
lui ont valu d’être lauréat de l’Académie française et de recevoir le prix de
la Société internationale d’études nietzschéennes. Son livre sur Thérèse d’Avila
et la mystique a également été couronnée par l’Académie et son roman Les
sept danses du tétras a reçu un prix de la Communauté radiophonique internationale
de langue française.
« J’espère»
écrivait-il dans les années 60 « que mon art porte en lui trois vertus :
l’audace, sans laquelle on se réduit comme une sauce brûlée, la grandeur, grâce
à laquelle la pensée et l’action s’ordonnent, la liberté, par laquelle on désire
rendre le monde un peu moins boiteux. »