Le collège culturel de Merzé
1964-1968

L’écrivain Pierre Boudot (1930-1988) a été professeur de philosophie au lycée Lamartine de Mâcon avant d’être à l’université de Besançon puis à la Sorbonne. En 1964, à une époque où il n’y avait dans le voisinage ni maison de la culture ni cycle de concerts, il eut l’idée d’organiser dans la grande salle de son domaine de Merzé près de Cluny un cycle de conférences, puis des expositions de peinture et des manifestations musicales. Y assistaient ses étudiants, leurs parents, des amis de la région et tous ceuxc qui le souhaitaient.
Voici un article de presse daté de 1965 : « Le salon littéraire de Merzé est sorti de l’ombre qui abrita ses débuts. Le succès qu’ont connu les conférences et le courant d’active sympathie qu’elles ont suscité ont conduit à la création d’une association, le Collège culturel de Merzé, parrainé par Yves Florenne, André Holleaux, Vladimir Jankélévitch, Jean Lacroix, Max Milner, André Philip, Léon Poliakov, Lucienne Portier, Manuel Rosenthal, Jean-Paul Sartre. »
Les manifestations furent les suivantes :

1964
Trois conférences :
Saint Jean de la Croix et la poésie, par Max Milner, professeur à l’université de Dijon ;
Tous les paysages de la terre dans l’œuvre de Dante, par Lucienne Portier, professeur honoraire à la Sorbonne ;
Essai d’introduction à Teilhard de Chardin, par Madame Georges La Fay.


1965
En janvier, le peintre Alexa Ivanc expose ses Villages Berbères.
Suivent deux conférences :
Vérité et situations concrètes, par Gabriel Marcel ;
Dante mystique, par Lucienne Portier.
Puis un concert donné par la Société des musiciens amateurs de Lyon avec des œuvres de Bartok, Poulenc, Messiaen, …
Enfin, la « première » officielle du CollègeCulturel eut lieu le dimanche 16 octobre. « L’équipe formée par Etienne-Bertrand Weill et Bernard Mermod nous a dit une vingtaine de poèmes …Nous étions pris par son jeu, il est à l’intérieur même de l’œuvre, il est La Fontaine, il est Paul Valéry, il est Molière s’adressant à travers sa muse au roi, il est Rimbaud dans son « Bateau Ivre » ou Desnos à Compiègne … Mais il est temps de parler des Métaformes de Weill, formes étranges qui envahissent l’écran et en disparaissent graduellement alors que d’autres naissent … Les spirales surtout, se déroulant à l’infini, sont une fête pour l’âme et le cœur. » (Le Progrès)

1966
Trois expositions :
Peintures de Jacques Mandelbröjt ;
Peintures et sculptures d’Olivier Debré ;
Céramiques de Myriam Bros.
Un concert de la Société des musiciens amateurs de Lyon avec des œuvres de Prokofiev, telemann, Fauré Satie et Bartok.
Trois conférences :
Les facteurs psychologiques des relations culturelles franco-américaines, par l’attaché culturel américain Laurence Willie ;
Le tragique et le théâtre contemporain, par Henri Gouhier, académicien, professeur à la Sorbonne ;
Le phénomène de l’art abstrait, par Marcelle Berr de Turique.
Le peintre Jacques Mandelbröjt écrit : « Pierre était un mécène. Il organisait des conférences et des expositions de peinture, et c’est de cela que je voudrais parler. Etre mécène et créateur à la fois peut paraître contradictoire, le premier est générosité, ouverture à autrui, le second demande une attentionconstante à sa propre œuvre. Mais le travail d’enseignant de Pierre tenait déjà de ces deux orientations, ouverture aux autres de sa création (Pierre lisait ses romans à ses élèves au fur et à mesure de leur élaboration), et attention à la sensibilité de chacun de ses élèves. Pierre Boudot était donc à la fois créateur, enseignant et mécène … L’organisation de ces expositions relevait sans doute de ce même altruisme, sur un plan certes différent, que celui qui lui avait fait ouvrir des écoles en Algérie, et je pense que tous les artistes qui en ont bénéficié, et certains visiteurs, lui en gardent encore aujourd’hui, comme moi, une grande reconnaissance. »

1967
« Une très belle exposition du sculpteur animalier Joseph Constant constitue la première manifestation en 1967 du collège culturel de Merzé … » (Le Progrès)
Elle a été suivie de la conférence de l’archiviste départemental Raymond Oursel sur les Cathares, et de deux concerts.
Le violoniste Léon Zighera a merveilleusement interprété des Danses tziganes.
Puis ce furent la cantatrice Ettel Sussmann et le pianiste Ennemond Trillat qui, sous la présidence de l’ambassadeur d’Israël, ont joué des œuvres de Rameau, Scarlatti et Ravel.
Il y eut enfin la Rencontre autour d’un ballet par la compagnie Johnny Ludécher.

1968
expositions :
Thomas Gleb, peintures, sculptures et tapisseries.
Gilles Roussy, peintures.
Chansons :
Jacques Douai.
Conférence :
La note édénique de Paul Claudel, par le Père Xavier Tilliette.

Il y avait d’autres projets , mais le Collège Culturel de Merzé a suspendu son activité.

Pendant cinq ans le CollègeCulturel de Merzé a proposé des manifestations de haute qualité capables de susciter l’intérêt du plus grand nombre. Mais la confrontation avec le monde contemporain demande des structures plus vastes que les siennes. Musique et conférences sont désormais organisées ailleurs dans la régoon (Grandes Heures de Cluny, Maisons de la Culture)…