Article paru dans Le Journal de Saône-et-Loire le 3 septembre 2004



Alice Mendelson et Stéphanie Rogelet

Littérature

Présence de Pierre Boudot avec Alice Mendelson

Lorsque Abélard, le persécuté, arrive à Cluny, accueilli par Pierre-le-Vénérable, il envoie son dernier Credo à Héloïse, superbe Credo d'orthodoxie où il dit : « Maintenant, j'ai tout dit, je vous ai tout dit, je vous ai tout confié. Maintenant, je vais probablement mourir, et les vents souffleront sans me causer de peur. » Dans un entretien de 1983 avec Marcel Brisebois, Pierre Boudot confiait : « Cette phrase est trop majestueuse pour qu'un homme d'aujourd'hui, même s'il en avait eu l'idée, se permette de l'écrire tout seul comme titre d'un livre. Je la rends à Abélard »
Jeudi dernier, à l'Espace A Contrario, Alice Mendelson, conteuse et directrice d'ateliers d'écriture et amie très chère de la famille Boudot, a lu des extraits du livre le plus autobiographique de Pierre Boudot, « Les vents souffleront sans me causer de peur.
Une grande partie de l'ouvrage est consacrée au cheminement lent et progressif de sa mère vers la mort. On y trouve, la découverte de la musique avec cette mère, de la nature avec le père, puis le départ de ce père pour la guerre. Viennent ensuite, le mariage, la paternité, la vie entre Cluny et la Sorbonne et encore la mort, celle du père, qui l'invite à remonter le temps. On entre alors dans le second volet du livre, rêve ou cauchemar d'une lutte avec l'ange qui ne serait en fait que son double. Un double, perdu dans une nuit immense, fasciné par la découverte de la mort.
Obsédé par la perte du désir d'aimer et par la peur de cette nuit obscure qui menace le monde, il s'égare parfois aux confins de la folie. Puis, de cette sorte de mort initiatique, émerge peu à peu un espoir : « Je comprenais soudain ce que Mac Orlan m'avait dit « La mort c'est quoi ? Je suis mort des dizaines de fois. «cela n'est rien. Ce qui compte c'est renaître ! »
De ce combat avec lui-même Pierre Boudot sortira grandi et émerveillé.
La dernière phrase du livre, « Maintenant, il me faut la lumière », résonne d'autant plus en nous qu'elle nous semble d'une actualité évidente. Que propose ce monde à la jeune génération, incarnée jeudi soir par la lumineuse Stéphanie Rogelet qui, de sa flûte, a ponctué cette passionnante lecture, de plages apaisantes et colorées ?
Merci à Etienne Moulron et Mathieu Baumier initiateurs de cette rencontre qui a été appréciée de tous !
Monic Coutheron

Ouvrages disponibles
Romans La Matasse, Gallimard 1966 Le Mal de Minuit, Calmann-Levy 1972, Atelier des Brisants, 2002 La Louve, J.M. Laffont(Lyon) 1981 Essais Au commencement était le Verbe, Grasset 1980 Les Vents souffleront sans me causer de peur, Hallier/A. Michel 1981, Atelier des Brisants, 2000. Fureur et Espérance, écrits polémiques de Pierre Boudot, livre posthume, La Différence, 1996 Théâtre Théâtre Complet (Le Don Juandes Arbres Morts, Douceur, Le Jardin d'Hercula, La transverbération de Thérèse d'Avila) Les Cahiers Bleus, Troyes, 1998 Philosophie Nietzsche, la Momie et le Musicien, J. M. Laffont (Lyon) 1981 Dossiers, inédits Pierre Boudot, L'Espérance dans les ténèbres, Les Cahiers Bleus 1996.

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